[c=#2dba69]Le Chant du Corail - Partie 3
Les Récifs Mémoire[/c]

[c=#e3aaeb][i]Ce carnet s'était glissé entre deux branches fraîchement replantées.
L'eau ne l'avait pas abîmé. Elle l'avait gardé, comme un secret qu'on protège plus qu'on ne cache.[/i][/c]

Le fragment que j'avais replanté a tenu. Mieux : il a commencé à attirer d'autres vies autour de lui, lentement, comme si sa présence rappelait à l'eau ce qu'elle avait failli oublier.

J'ai compris, à ce moment, ce que voulait dire le Veilleur quand il disait que réveiller n'était qu'un souffle, mais que faire durer était un chant.
Une seule note, lancée seule, n'est qu'un cri isolé qui s'éteint vite. Mais plusieurs fragments, replantés au bon endroit, les uns près des autres, deviennent une mémoire qui se soutient elle-même.

Je n'ai pas arrêté. Chaque corail mort que je trouvais, je le réveillais, puis je le replantais contre un massif déjà vivant. Et à chaque fois, quelque chose dans l'eau changeait un peu — un courant plus calme, une lumière qui semblait s'attarder plus longtemps sur ces récifs-là.

Je ne sais toujours pas où s'arrête ce chant. Mais je sais qu'il ne m'appartient pas : je ne fais que le recomposer, fragment après fragment, geste après geste.

Le Veilleur le disait dans ses derniers écrits : il faut trente coraux ranimés et replantés pour qu'une mémoire de récif soit assez dense pour se refermer sur elle-même — pour qu'elle devienne un chant complet, et non plus une suite de fragments isolés.

Je n'ai aucune certitude sur ce nombre. Mais je le sens, en jouant : chaque corail rendu à la mer rapproche quelque chose. Continue. Quand le compte sera bon, le Souffle te le fera savoir.
