[c=#2dba69]Les Nuits de Nour - Partie 3
Tapis dans l'Ombre[/c]

[c=#f2c14e][i]Ce troisième parchemin, je l'ai retrouvé glissé contre le socle vide lui-même, un matin, sans savoir qui l'y avait déposé.
J'ai fini par cesser de me poser la question.[/i][/c]

Nuit 11, sous le règne du Vizir Kaïs

J'en ai affronté quatre depuis la dernière fois. Quatre nuages de poussière, quatre poignées de sable froid entre mes doigts, quatre retours au palais les mains vides et les jambes tremblantes. Je commençais à reconnaître leur démarche avant même de les voir - cette façon qu'ils ont de s'arrêter net, comme s'ils hésitaient encore, avant de se jeter en avant sans plus aucune retenue.

Le cinquième, je ne l'ai pas vu venir.

Il attendait, immobile contre un pan de mur effondré, si semblable aux pierres alentour que je suis passée à trois pas de lui sans le remarquer. C'est le bruit - un cliquetis léger, métallique, presque musical - qui m'a fait tourner la tête. Quelque chose pendait contre sa poitrine, retenu par un lambeau de bandage plus épais que les autres, et qui captait la lumière de ma lampe d'une façon que le sable ne pouvait pas imiter.

Une lampe. Petite, sombre, le col étroit à demi enveloppé de tissu, comme si on avait voulu, il y a bien longtemps, l'empêcher de respirer.

Il s'est jeté sur moi avant que je n'aie pu faire un geste. Je me souviens surtout du poids de son bras contre mon épaule, du sable qui m'est entré dans la bouche quand je suis tombée, et de la lame que j'ai enfoncée sans réfléchir, plus par réflexe que par courage. Il s'est effondré d'un coup, comme les autres, dans ce même nuage de poussière fine qui sentait la pierre chaude et le temps.

Mais cette fois, quand la poussière est retombée, la lampe n'était plus là.

Je suis restée longtemps à genoux dans le sable à chercher, les mains tremblantes, refusant d'y croire. Elle avait glissé quelque part, ou s'était dissoute avec lui, ou n'avait jamais vraiment existé que dans mon épuisement. Je suis rentrée au sanctuaire cette nuit-là avec un goût de défaite que je n'avais pas ressenti depuis longtemps.

Ashkar, pourtant, n'a pas paru déçu quand je le lui ai raconté.

"Tu l'as vue. C'est déjà plus que ce que beaucoup peuvent dire."

"Elle m'a échappé", ai-je répondu, la voix plus dure que je ne l'aurais voulu.

"Elle n'échappe à personne par accident. Elle choisit encore un peu, même réduite à ce qu'elle est devenue. Sarheed pensait m'avoir enfermé pour toujours dans un objet mort. Il n'a jamais compris qu'un fil, même coupé, garde la mémoire de la main qui l'a tissé. Cette lampe reconnaît la patience quand elle la rencontre. Elle ne se laissera pas prendre par la première main venue, ni même par la dixième. Elle attend celle qui reviendra malgré tout."

Je n'ai pas su, cette nuit-là, si ces mots étaient une consolation ou un aveu qu'il ne savait pas lui-même combien de temps encore cela prendrait. Mais quelque chose dans sa voix avait changé - une prudence en moins, peut-être, ou une confiance en plus.

"Ne compte pas les nuits ni les combats. Continue simplement d'affronter ceux que tu croises. Le jour où l'un d'eux tombera et que la lampe restera entre tes mains sans se dérober, tu le sauras avant même que je ne te le dise."

Je suis repartie avant l'aube, comme toujours, avec une histoire toute neuve pour Kaïs et une autre, bien plus vraie, que je gardais entière pour moi seule. Cette nuit-là, pour la première fois, je n'ai pas eu à me forcer à croire que je finirais par y arriver.
